
48 degrés et la vie est partout quand même.
C’est ça l’Inde — même quand la chaleur est folle, même quand l’air est épais comme une couverture. La vie, elle s’arrête pas. Elle déborde de partout.
Et dans cette rue, elle déborde vraiment. Parce que cette rue, c’est pas n’importe laquelle. C’est la rue de ma famille. Mes oncles, mes tantes, mes cousins, mes cousines — tout le monde vit là, les uns à côté des autres, portes ouvertes, allées et venues constantes. Y’a toujours quelqu’un sur le pas de la porte, une casserole sur le feu, des enfants qui traversent en courant. C’est vivant en permanence, dans tous les sens du terme.
Mes petites cousines — moins de dix ans, les filles de mes cousins et cousines — courent dans tous les sens comme si la chaleur c’était juste un détail. Elles rient, elles crient, elles jouent. Je les regarde et je souris. Je suis à la maison.
Et puis le ciel décide de s’en mêler.

Ça commence doucement — quelques gouttes. Je lève la tête. Le ciel a changé de couleur sans qu’on s’en rende compte, il est devenu gris foncé, presque violet. Et d’un coup, sans prévenir — l’explosion. Une pluie chaude, massive, torrentielle. Pas celle qui hésite. Celle qui tombe comme si là-haut quelqu’un avait renversé un océan entier.
Avant même que j’aie le temps de réfléchir, je sens deux petites mains attraper la mienne. Mes cousines. Elles tirent, elles chantent déjà, elles m’entraînent sous la pluie sans me demander mon avis.
Et je les suis.
La première goutte sur ma peau encore brûlante — c’est indescriptible. Chaud et frais en même temps. Et cette odeur qui monte du sol — l’odeur de la pluie sur la terre chaude, qui se mélange au chai et aux épices qui flottent partout. Cette odeur, c’est l’Inde entière dans une seule respiration.
On danse. On glisse. La rue est devenue une rivière et personne s’en préoccupe. Tout le monde est sorti — les voisins, les enfants, les anciens. Quelqu’un crie quelque chose en hindi, quelqu’un d’autre répond en riant. La pluie couvre tout de son bruit de mousson.
Et moi je ris. À pleine gorge, comme une enfant. Pour une pluie. Pour rien. Pour tout.
Y’a des moments où la simplicité te libère complètement — où t’as pas besoin de grand chose pour être heureuse. Deux petites mains qui t’attrapent. Une chanson. De la pluie chaude sur la peau.
Rohtak. Août.
Mes cousines m’ont rappelé ce soir-là ce que c’est que la joie vraie.



