Carnets de Bord

Rohtak. Aot. La pluie.

par Sunita Mittal · 22 mai 2026


48 degrs et la vie est partout quand mme.

C’est a l’Inde mme quand la chaleur est folle, mme quand l’air est pais comme une couverture. La vie, elle s’arrte pas. Elle dborde de partout.

Et dans cette rue, elle dborde vraiment. Parce que cette rue, c’est pas n’importe laquelle. C’est la rue de ma famille. Mes oncles, mes tantes, mes cousins, mes cousines tout le monde vit l, les uns ct des autres, portes ouvertes, alles et venues constantes. Y’a toujours quelqu’un sur le pas de la porte, une casserole sur le feu, des enfants qui traversent en courant. C’est vivant en permanence, dans tous les sens du terme.

Mes petites cousines moins de dix ans, les filles de mes cousins et cousines courent dans tous les sens comme si la chaleur c’tait juste un dtail. Elles rient, elles crient, elles jouent. Je les regarde et je souris. Je suis la maison.

Et puis le ciel dcide de s’en mler.

a commence doucement quelques gouttes. Je lve la tte. Le ciel a chang de couleur sans qu’on s’en rende compte, il est devenu gris fonc, presque violet. Et d’un coup, sans prvenir l’explosion. Une pluie chaude, massive, torrentielle. Pas celle qui hsite. Celle qui tombe comme si l-haut quelqu’un avait renvers un ocan entier.

Avant mme que j’aie le temps de rflchir, je sens deux petites mains attraper la mienne. Mes cousines. Elles tirent, elles chantent dj, elles m’entranent sous la pluie sans me demander mon avis.

Et je les suis.

La premire goutte sur ma peau encore brlante c’est indescriptible. Chaud et frais en mme temps. Et cette odeur qui monte du sol l’odeur de la pluie sur la terre chaude, qui se mlange au chai et aux pices qui flottent partout. Cette odeur, c’est l’Inde entire dans une seule respiration.

On danse. On glisse. La rue est devenue une rivire et personne s’en proccupe. Tout le monde est sorti les voisins, les enfants, les anciens. Quelqu’un crie quelque chose en hindi, quelqu’un d’autre rpond en riant. La pluie couvre tout de son bruit de mousson.

Et moi je ris. pleine gorge, comme une enfant. Pour une pluie. Pour rien. Pour tout.

Y’a des moments o la simplicit te libre compltement o t’as pas besoin de grand chose pour tre heureuse. Deux petites mains qui t’attrapent. Une chanson. De la pluie chaude sur la peau.

Rohtak. Aot.

Mes cousines m’ont rappel ce soir-l ce que c’est que la joie vraie.


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