La Drme des collines. L’aprs-midi.
Je suis dans l’alle de la maison o j’ai grandi, et les tilleuls sont l. Immenses. Exactement pareils. La lumire filtre entre les feuilles en petits clats qui bougent sur le sol. Les oiseaux chantent. L’air sent le chaud, l’herbe, et l’t.
Je pose la main sur l’corce d’un tilleul. Froide. Rugueuse. Je reconnais cette sensation avant mme d’avoir eu le temps d’y penser.
Ces arbres ont tout vu. Ils m’ont vue rentrer de l’cole en courant. Jouer aux billes et aux pirates. Grimper dans leurs branches et redescendre et remonter encore. L’t, mes parents organisaient des ftes dessous des lumires, des rires, des tables dehors, des nuits qui n’en finissaient pas.
Je leur parlais, parfois. Comme des amis trs vieux, trs sages. Ils m’coutaient sans rpondre. C’tait suffisant.

J’avais 11 ans quand je suis partie.
25 ans que je n’tais pas revenue dans cette alle. 25 ans pendant lesquels j’ai chang de continents, de langues, de vies. Pendant ce temps, eux, ils ont pouss. Tranquillement. Sans rien rater.
Je lve les yeux vers les branches. Quelque chose remonte pas vraiment une pense. Plutt une vague. J’ai envie de pleurer sans trop savoir pourquoi, et en mme temps je souris. Les deux la fois.
Cette alle, elle est en moi depuis toujours mme quand je n’y pensais pas, mme quand j’tais l’autre bout du monde. Un endroit qui reste fixe pendant que tout le reste bouge.
Tout est l. Exactement l.
Comme si le temps avait retenu son souffle en attendant que je revienne.
C’est moi qui avais fait tout le chemin leur place.




